La recommandation R35 de l’ANSSI, publiée en avril 2024 dans son guide de sécurité pour l’IA générative, porte sur un point que les recommandations sur les données à ne pas coller dans un outil ne couvrent pas : les droits que les outils d’IA reçoivent une fois connectés directement aux applications de l’entreprise, mails, espace documentaire, dépôts de code.
Le problème que ça pose, en une phrase
Un assistant IA branché sur une messagerie professionnelle reçoit souvent un accès large par défaut, lire, parfois écrire, parfois même supprimer, alors que son usage réel se limite à résumer des messages. Cet écart entre le droit accordé et le besoin réel est exactement ce que la recommandation demande de corriger.
Pourquoi cet écart se crée presque toujours
Au moment d’installer une extension ou de connecter un outil, la question posée est « fonctionne-t-il ? », pas « de quoi a-t-il vraiment besoin ? ». Un accès large résout la question technique le plus vite, donc c’est souvent celui qu’on accorde, une fois, sans y revenir. Un an plus tard, l’outil est peut-être moins utilisé, ou plus utilisé du tout, mais l’accès, lui, reste actif.
Ce que « revoir régulièrement » veut dire concrètement
Trois questions suffisent, appliquées outil par outil : cet outil est-il encore utilisé, ce qu’il fait réellement correspond-il à l’accès qu’il a reçu, et l’accès peut-il être réduit sans casser l’usage réel. Un assistant qui résume des mails n’a besoin que de les lire. Un outil qui aide à écrire du code n’a besoin d’accéder qu’au dossier sur lequel il travaille, pas au dépôt entier de l’entreprise.
Le lien avec le shadow AIUn outil d’IA qu’un salarié utilise seul, sans validation. Il marche, mais personne d’autre ne le sait.
Un outil connecté par un salarié sans validation pose deux problèmes empilés : personne ne sait qu’il tourne, et personne n’a vérifié les droits qu’il a reçus au moment de la connexion. Un inventaire des outils qui tournent dans l’entreprise, la première étape de toute gouvernance de l’IALes règles écrites qui disent qui utilise quel outil d’IA, sur quelles données, et qui décide., est aussi le moment naturel pour lister ces accès et les corriger.
Ce que ça coûte de ne pas le faire
Rien d’immédiat. C’est précisément ce qui rend cette vérification facile à repousser : un accès trop large ne cause aucun problème visible tant qu’il n’est pas exploité, par un outil compromis, un tiers malveillant, ou simplement une fuite de données que personne n’avait anticipée. Le coût apparaît seulement le jour où quelque chose tourne mal, et à ce moment-là la revue arrive trop tard.