Un tiers des PME et ETI françaises utilisent l’IA au quotidien (Bpifrance Le Lab, enquête auprès de 1 209 dirigeants, 2025). Ce chiffre circule beaucoup, et il donne l’impression que le sujet est déjà réglé. Un autre chiffre, moins cité, dit le contraire.
L’écart que personne ne regarde
Le baromètre France Num, publié par la Direction générale des Entreprises en septembre 2025, détaille ce que recouvrent ces usages. 22 % des TPE et PME utilisent l’IA générative, pour écrire ou reformuler du texte. Les chatbots suivent à 14 %.
L’automatisation de tâches, elle, ne dépasse pas 5 %. L’analyse de documents, 6 %. L’analyse de données, 5 %.
L’écart est net. L’IA qui aide une personne à écrire plus vite s’est diffusée largement. L’IA qui touche un processus entier, relance, facturation, suivi de commande, reste marginale. Ce n’est pas un problème de retard technique. C’est que la première s’installe seule, sur un compte personnel, en cinq minutes. La seconde demande de regarder comment le processus fonctionne réellement, et ça, personne ne le fait sur un coin de bureau.
Ce que ça veut dire, concrètement
Dans la moitié des cas où une PME utilise l’IA au quotidien, ce sont des solutions gratuites ou prêtes à l’emploi, pas des outils choisis pour l’entreprise (Bpifrance Le Lab, 2025). C’est le shadow AIUn outil d’IA qu’un salarié utilise seul, sans validation. Il marche, mais personne d’autre ne le sait., sous un autre nom : Bpifrance elle même emploie ce terme dans son étude, ce qui confirme que ce n’est pas un mot de vendeur de gouvernance, c’est une description de ce qui se passe.
Le modèle de langageLe logiciel derrière ChatGPT ou Claude : il complète un texte, il ne « sait » rien au sens propre. qu’un commercial utilise pour rédiger ses mails ne pose pas de problème en soi. Le problème apparaît quand personne dans l’entreprise ne sait qu’il tourne, sur quel compte, et avec quelles données dedans.
Pourquoi une formation seule ne suffit pas
Dans 73 % des cas, c’est le dirigeant ou la dirigeante qui donne l’impulsion aux projets d’IA (Bpifrance Le Lab, 2025). C’est une force : la décision va vite. C’est aussi un risque, que Bpifrance nomme explicitement, l’adoption reste fragile sans les équipes.
Une session de formation ponctuelle répond à ce risque en apparence, pas dans les faits. Elle transmet une information à un instant donné. Elle ne dit rien de ce qui se passera dans trois mois, quand un nouvel outil sera sorti et qu’une autre personne aura trouvé sa propre solution.
Ce qui change avec un rythme plutôt qu’une session
La gouvernance de l’IALes règles écrites qui disent qui utilise quel outil d’IA, sur quelles données, et qui décide. ne se referme pas en une journée parce que ce qu’elle gouverne change en continu. Un outil apparaît, un autre change de conditions, une personne part avec ce qu’elle savait. La question n’est donc pas « qui former une fois », c’est « qui tient la liste à jour, et à quel rythme ».
43 % des PME et ETI n’analysent pas leurs données (Bpifrance Le Lab, 2025). C’est le même écart que celui mesuré par France Num entre écrire du texte et automatiser un processus : ce qui demande de comprendre l’entreprise de l’intérieur reste en retard sur ce qui s’installe seul.