Bpifrance Université a formé 9 403 dirigeants au Cursus IA en 2025, selon le bilan publié par Bpifrance en février 2026. Le même bilan recense 1 084 autodiagnostics IA et 3 361 participants à un cycle de webinaires. C’est un vrai chiffre, sur un vrai dispositif gratuit, et il mérite d’être pris pour ce qu’il est avant d’en chercher la limite.
Ce que le Cursus IA fait, et le fait bien
Le format est celui d’une autoformation en ligne, ouverte à tout dirigeant, gratuite, découpée en modules courts. Elle donne un vocabulaire commun à quelqu’un qui n’en a aucun : ce qu’est un modèle de langage, ce que veut dire l’utiliser sur des données d’entreprise, ce que recouvre le mot IA générative face à d’autres usages plus rares. L’Autodiag qui l’accompagne ajoute une première photographie, déclarative, du niveau de maturité perçu par le dirigeant.
À l’échelle où Bpifrance opère, c’est une réussite de diffusion. Neuf mille personnes formées sur un même socle, sans filtre d’accès, c’est plus que ce qu’aucun cabinet de conseil ne pourrait toucher en un an.
Ce qu’un dispositif national ne peut pas faire, par construction
Un cursus qui s’adresse à des milliers de dirigeants à la fois ne peut connaître aucun d’entre eux en détail. Il ne sait pas quels outils tournent déjà dans telle entreprise, sur quel compte, avec quelles données dedans. Il ne sait pas si la personne qui a monté un scénario d’automatisation l’a documenté ou pas. Ce n’est pas un oubli du programme, c’est une conséquence directe de son échelle : ce qui touche neuf mille personnes ne peut pas, en même temps, être propre à chacune.
Le format lui-même referme une partie de ce qu’il ouvre. Une autoformation se suit seul, à son rythme, et se termine un jour donné. Ce qui se passe ensuite dans l’entreprise, une équipe qui continue d’utiliser ses outils personnels, un scénario qui n’a toujours pas de nom associé, n’entre dans aucun module.
Le dirigeant formé, et les équipes qui ne le sont pas
Dans 73 % des cas, c’est le dirigeant qui donne l’impulsion aux projets d’IA de son entreprise (Bpifrance Le Lab, 2025). Un cursus qui s’adresse d’abord aux dirigeants renforce donc exactement le point qui est déjà le plus fort, et laisse de côté celui que Bpifrance elle-même nomme comme un risque : l’adoption reste fragile sans les équipes.
Un dirigeant qui sort du Cursus IA avec un vocabulaire clair peut, à raison, se sentir mieux équipé. Ce sentiment ne dit rien du shadow AIUn outil d’IA qu’un salarié utilise seul, sans validation. Il marche, mais personne d’autre ne le sait. qui continue de tourner à l’étage en dessous, invisible depuis un module en ligne.
Ce qui commence là où le cursus s’arrête
La sensibilisation nationale et l’état des lieux d’une entreprise précise ne sont pas deux versions du même travail, l’une gratuite et l’autre payante. Ce sont deux objets différents. La première donne un vocabulaire et un cadre. Le second liste, outil par outil, ce qui tourne réellement, qui l’a monté, et sur quelles données. Un dirigeant qui a suivi le premier n’a pas fait le second, même s’il en a l’impression.