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Trois baromètres officiels sur l'IA en entreprise, trois chiffres différents

L'INSEE dit 18 %. France Num dit 26 %. Bpifrance Le Lab dit un tiers. Trois enquêtes publiques, trois chiffres qui ne se recoupent jamais. Ce qu'ils mesurent vraiment, et pourquoi la divergence n'est pas une erreur.

Un dirigeant qui lit la presse économique en une semaine peut tomber sur trois chiffres différents pour, en apparence, la même question. L’INSEE annonce 18 %. Le baromètre France Num en annonce 26 %. Bpifrance Le Lab parle d’un tiers. Aucun des trois ne s’est trompé. Ils ne mesurent pas la même chose.

Les trois chiffres, et ce qu’ils comptent réellement

L’enquête TIC de l’INSEE, publiée en juillet 2026, porte sur les entreprises de 10 salariés et plus des secteurs marchands, hors agriculture, finance et assurance. Elle interroge une personne désignée dans l’entreprise sur l’usage de technologies d’IA nommées : analyse de langage écrit, génération de texte ou d’image, reconnaissance vocale. Résultat, 18 % des entreprises déclarent en utiliser au moins une, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023.

Le baromètre France Num, publié par la Direction générale des Entreprises en septembre 2025, vise les TPE et PME de toutes tailles. Il pose une question plus ouverte, une solution d’IA au sens large, et trouve 26 %, porté surtout par l’IA générative (22 %) et les chatbots (14 %). L’automatisation de tâches et l’analyse de données restent sous les 6 %.

Bpifrance Le Lab, enfin, interroge directement des dirigeants de PME et d’ETI, par téléphone ou en ligne. Sa question porte sur un usage au quotidien, sans exiger que l’outil ait été choisi ou validé par l’entreprise. Un tiers des dirigeants répondent oui, et la moitié d’entre eux citent des outils gratuits ou prêts à l’emploi, jamais des solutions internes.

Pourquoi les trois ne se recoupent jamais

Trois écarts expliquent la différence, et aucun n’est une erreur de méthode.

Le champ, d’abord. L’INSEE exclut les entreprises de moins de 10 salariés et trois secteurs entiers. France Num inclut les plus petites structures. Bpifrance vise les PME et ETI, sans plancher d’effectif précis. Trois populations différentes ne peuvent pas donner le même chiffre.

Qui répond, ensuite. L’INSEE s’adresse à une personne mandatée dans l’entreprise, dans un cadre d’enquête statistique officielle, ce qui pousse vers une déclaration prudente et documentée. France Num et Bpifrance interrogent le dirigeant lui-même, qui peut ignorer un usage qu’un salarié a monté seul, ou au contraire le compter alors qu’il ne concerne qu’une personne.

La question posée, enfin. « Utilisez-vous une technologie d’IA nommée » n’obtient pas la même réponse que « utilisez-vous l’IA au quotidien ». Le premier cadre exclut ce qui est ponctuel. Le second l’inclut.

Ce qui, à l’inverse, converge

Les trois s’accordent sur un point que le niveau ne montre pas : la vitesse. L’INSEE mesure un usage qui triple en deux ans. France Num mesure un doublement en un an. Bpifrance mesure un passage de 15 % à 31 % chez les dirigeants interrogés deux années de suite. Le niveau diverge, la pente ne diverge pas.

Les trois s’accordent aussi sur la nature des usages qui dominent. Écrire ou reformuler du texte arrive largement en tête partout où la question est posée. Ce que révèle France Num en le chiffrant précisément, 22 % pour l’IA générative contre 5 à 6 % pour l’automatisation de tâches, se retrouve dans la répartition des technologies mesurées par l’INSEE et dans les usages que Bpifrance décrit chez les dirigeants.

Ce qu’un dirigeant peut réellement en tirer

Comparer sa propre entreprise à l’un de ces trois chiffres ne renseigne sur rien : la question n’est jamais tout à fait celle que se pose ce dirigeant, et la population de référence non plus. Ce qui renseigne, c’est de savoir ce qui tourne réellement dans l’entreprise, outil par outil, compte par compte, indépendamment de ce que dit une moyenne nationale.

C’est aussi ce que les trois baromètres, à leur façon, laissent deviner sans le dire : une partie de ce qu’ils comptent n’a jamais été validée par personne dans l’entreprise qui la déclare. Le shadow AIUn outil d’IA qu’un salarié utilise seul, sans validation. Il marche, mais personne d’autre ne le sait. gonfle les chiffres déclaratifs sans jamais apparaître comme tel dans les questionnaires.

Questions

Ce qu'on demande à chaque fois.

Quel chiffre faut-il retenir pour situer sa propre entreprise ?
Aucun des trois directement. Ils mesurent des populations et des questions différentes. Ce qui renseigne sur une entreprise précise, c'est de regarder ce qui y tourne réellement, pas de se comparer à une moyenne nationale.
Pourquoi Bpifrance Le Lab donne un chiffre plus haut que l'INSEE ?
Parce que les deux ne posent pas la même question à la même personne. Bpifrance interroge le dirigeant sur un usage large, y compris les outils gratuits utilisés par un salarié. L'INSEE interroge l'entreprise sur des technologies d'IA nommées, dans un cadre plus formel.
Ces trois baromètres finiront-ils par se rapprocher ?
Rien ne l'indique tant que le champ et la méthode restent différents. Ce qui converge déjà, en revanche, c'est la vitesse à laquelle les trois enquêtes montrent une croissance rapide sur la même période.

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