La plupart des chiffres sur l’aide publique à la numérisation restent des annonces de montants engagés. L’étude Théma n° 24 de la Direction générale des Entreprises, publiée en novembre 2024, va plus loin : elle mesure l’effet réel d’un guichet public sur l’adoption des outils de gestion, avec une méthode économétrique publiée.
Le chiffre, et sa méthode
Le guichet « industrie du futur » a permis d’engager « 756 millions d’euros avec plus de 6 500 projets financés ». L’étude ajoute une mesure d’effet : « en 2023, 77 % des bénéficiaires du guichet utilisent des PGI, soit 30 points de pourcentage de plus que les non-bénéficiaires », donc 47 % chez les entreprises non aidées. Cet écart est mesuré par régression logistique, une méthode qui cherche à isoler l’effet du dispositif d’autres facteurs, taille, secteur, plutôt que de se contenter d’une comparaison brute entre deux groupes qui pourraient différer pour d’autres raisons.
Pourquoi cette mesure est rare et vaut d’être citée
La plupart des chiffres qui circulent sur l’efficacité d’une aide ou d’un outil viennent de qui les vend, avec une méthode rarement publiée. Ici, c’est une administration publique qui mesure l’effet d’un de ses propres dispositifs, avec la méthode statistique explicitée dans l’étude. Un chiffre qui résiste à l’exigence de savoir comment il a été obtenu vaut plus qu’un chiffre marketing invérifiable.
Ce que ça dit du rôle de l’accompagnement
Un écart de 30 points entre entreprises aidées et non aidées ne s’explique pas seulement par l’argent. Un guichet de ce type accompagne généralement le diagnostic et le choix de l’outil, pas seulement son financement. L’aide semble donc agir autant en réduisant l’incertitude du dirigeant qu’en réduisant le coût de l’investissement.
Ce que ça n’établit pas
L’étude ne dit pas qu’un ERP financé publiquement est mieux choisi ou mieux utilisé qu’un ERP financé sur fonds propres. Elle établit un effet sur l’adoption, le fait de s’équiper, pas sur la qualité de l’usage qui suit. Le vrai travail commence souvent après l’adoption, quand il s’agit de faire vivre l’outil au lieu de n’en utiliser qu’une fraction.